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Jeudi 16 décembre 2004
La nouvelle vie du Breton
L'autre jour en voulant appeler Etre Exquis, j'ai composé par erreur le numéro de mon ex-mari, qui porte le même prénom. (Mais que fait-il encore en mémoire dans mon téléphone? Mystère....) Quand j'ai entendu sa voix j'ai eu un moment de panique. On ne s'était pas parlé depuis au moins trois ans. J'ai songé à raccrocher, sauf que s'il a l'identification du numéro j'aurais eu l'air encore plus con. Donc j'ai bredouillé: "Euh, désolée, c'est moi, Armalite, je me suis trompée de numéro..." "C'est pas grave", m'a-t-il répondu, flegmatique. "Bon, ben excuse-moi de t'avoir dérangé, hein." "De rien." "Bye."
Lui et moi, nous avons eu une histoire hyper mouvementée, qui s'est très mal commencée et qui a encore plus mal fini. J'étais trop jeune, pas du tout prête à me ranger, et lui essayait de me contrôler à mort, en me dictant ma conduite et jusqu'à ma façon de m'habiller (dans sa vision de Breton élevé en pension chez les jésuites, une fille, ça porte les cheveux longs, ça s'habille toujours en noir et de préférence en jupe, mais sans rien de provocant, ça respecte le chef de famille et ça pond des enfants sans discuter). Autant dire qu'on s'est beaucoup déchirés avant que je prenne la décision de partir. Il m'a fait un chantage affectif pas possible, avec entre autre menaces à peine voilées de suicide. Je suis passée auprès de tous nos proches pour une instable dans le meilleur des cas, et pour une salope dans le pire (le plus fréquent). Je suis partie aux Etats-Unis et j'ai commencé une histoire avec quelqu'un d'autre pour me le sortir de la tête, mais je culpabilisais à mort et je l'aimais toujours dans le fond, si bien qu'à un moment j'avais même décidé de me remettre avec lui après que notre divorce soit prononcé... Heureusement, je ne l'ai pas fait.
Il y a un an, une amie commune, Grenouille, m'a appelée pour me dire qu'elle avait croisé dans leur ville (où je n'habite plus depuis longtemps) une fille de la bande que nous formions, le Breton et moi, avec quelques autres couples. Cette fille, que j'appellerai Tara, sortait avec un des meilleurs potes du Breton depuis hyper longtemps. C'était un ex-étudiante des beaux-arts, assez originale d'apparence mais profondément traditionnaliste de caractère. Son copain ne voulait pas se fixer et je crois que ça la rendait un peu malheureuse. De temps en temps, nous allions faire nos courses ensemble, et une fois, comme le Breton et moi descendions dans le sud pour passer Noël avec mes parents, nous l'avons emmenée en voiture et déposée au passage chez son père. Autant le Breton appréciait énormément Grenouille, avec qui il serait peut-être sorti si les choses s'étaient passées autrement, autant il n'avait pas du tout l'air de calculer Tara. Puis elle a réussi le concours de l'école d'infirmières de Paris et elle est partie. Je n'avais plus jamais eu de nouvelles d'elle jusqu'à ce fameux coup de fil.
La suite, vous la devinez plus ou moins. Grenouille me raconte qu'elle a croisé Tara avec un bébé de deux ou trois mois dans sa poussette. Tara était tout en noir, avec jupe au genou, bottes hautes et cheveux longs (elle les portait courts avant). Elle avait l'air super gênée et pressée de finir la conversation. Son mari et le papa du bébé, qui traînait en arrière, les a rejoint... C'était le Breton, évidemment. Grenouille n'a pas réussi à leur extorquer beaucoup de détails: ils s'étaient mariés, et ils avaient donc un petit garçon qu'ils avaient baptisé, selon la tradition, du prénom de son grand-père paternel (un prénom vraiment affreux à mon avis). Depuis, bien sûr, la curiosité me ronge chaque fois que je pense à eux. Comment en sont-ils arrivés à se mettre ensemble? Y a-t-il une histoire croustillante là-dessous (des potins, des potins!)?
Mais bon, vu l'empressement de mon ex à me parler, je crois que je ne suis pas près de le découvrir!
Armalite |
| 2004-12-16 11:15:46
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Je retourne dans le passé
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Mardi 30 novembre 2004
Ma vie en couleur
Certains souvenirs sont les pierres d'angle de notre légende personnelle - les événements sur lesquels nous nous sommes construits, les rencontres qui nous ont modelés. Si on pouvait photographier le spectre lumineux de notre existence, ils ressortiraient en bouquets de couleurs flamboyantes. Ce sont les instants où nous nous sommes sentis vivre le plus fort, pour le meilleur ou pour le pire. En général, s'ils sont agréables, nous ne les avons pas vus passer, nous n'avons pas eu le temps d'y être consciemment présents; s'ils ne le sont pas, nous avons eu l'impression qu'ils ne prendraient jamais fin et que nous ne sortirions jamais de notre nuit.
En ce qui me concerne, la plupart de mes souvenirs chatoyants, qu'ils aient le jaune éblouissant du soleil, le rouge sombre du sang ou la noirceur d'encre du désespoir, sont regroupés entre 1984 et 1988: le Sport'In, Legolas, et par-dessus tout sans doute la Bande des Six. A l'adolescence, tout est tout neuf, tout s'éprouve plus fort. Ensuite, on se blase, on se blinde. Depuis que je suis majeure, il y a eu de brefs embrasements (1993: les Illuvatar, le Gathering, la rencontre avec le Breton; 1999: les premiers pas balbutiants avec l'Homme), et ces dernières années... plus rien. Juste du gris terne avec un petit pétard qui jette trois étincelles de temps en temps. J'ai perdu les couleurs.
Armalite |
| 2004-11-30 03:51:38
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Je retourne dans le passé
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Mardi 30 novembre 2004
Paladin
Toute la nuit, j'ai rêvé de Paladin. Il y avait plein de monde dans le jardin de sa mère, une petite fête sans doute, mais je n'arrivais pas à le trouver. Ca faisait très longtemps que je ne l'avais pas vu et je commençais à devenir fébrile. J'étais certaine que sa mère faisait exprès de me le cacher car elle ne m'a jamais aimée, et elle n'était pas contente que nous nous retrouvions dans sa chambre les soirs où j'étais censée dormir sur leur canapé. Mais bien sûr, elle souriait de ce sourire un peu trop large et un peu trop figé qu'elle a toujours eu, et elle feignait ne pas comprendre de quoi je parlais. Je croisais Edelweiss, la petite soeur de Paladin, un carton plein de babioles colorées sous le bras. "On dirait que tu déménages; tu pars te marier ou quoi?" lui lançais-je en riant. "Non, j'en reviens", me répondait-elle avec une expression butée, et j'avais du mal à croire que cette fille de l'âge de ma petite soeur ait eu le temps de se marier et de divorcer pendant que j'avais le dos tourné.
Pendant très longtemps, j'ai cru que Paladin et moi finirions ensemble. Toutes ces années où on s'est cherchés, tourné autour, caressés dans le noir et ignorés dans la lumière du jour; toutes ces années où ça n'était jamais le bon moment ni pour lui ni pour moi, parce que l'un de nous deux était toujours officiellement avec quelqu'un d'autre... Je pensais qu'un jour viendrait où on serait libres en même temps et où on sortirait enfin ensemble, et on avait déjà tant de vécu derrière nous que ça me paraissait un aboutissement logique. Je me disais que même si la vie nous séparait, chacun retrouverait toujours le chemin jusqu'à l'autre.
La vie m'a démontré que je me trompais. La dernière fois que nous nous sommes retrouvés dans son studio pour un devoir de marketing (le sien - je bossais déjà à l'époque) qui s'est fini au lit, ça devait être fin 91 ou début 92. Je me rappelle qu'il était fraîchement séparé de Sophie, son éternelle petite amie, et qu'en sortant de chez lui, je m'étais dit: "Cette fois c'est la bonne, demain je plaque Victor et on se met officiellement ensemble." J'ignore pourquoi je ne l'ai pas fait - peur de gâcher un truc souterrain et magique, peut-être?
Quoi qu'il en soit, après ça, je ne l'ai revu qu'en 1999. Il était devenu commercial en alarmes incendie (je crois); il gagnait beaucoup de sous, il était toujours célibataire et il menait la grande vie. Son physique de dieu grec (à 17 ans, on aurait dit une statue de David) s'était légèrement empâté depuis qu'il avait arrêté l'athlétisme; mais surtout, les deux ou trois fois où nous nous sommes vus, je me suis ennuyée comme jamais. Et lui aussi, peut-être. La fois suivante où il m'a contactée pour aller boire un verre, je lui ai sorti une excuse bidon, et depuis plus rien. J'ai essayé de le retrouver par Google, impossible. De la Bande des Six, c'est pourtant lui qui me manque le plus.
Armalite |
| 2004-11-30 03:50:27
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J'ai des états d'âme, Je retourne dans le passé, Je rêve la nuit
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Jeudi 18 novembre 2004
A propos des seins de Truc et du dernier post d'Owen
En fait ce dont j'ai besoin ce n'est pas tellement d'un régime, mais d'une redistribution plus harmonieuse de ma masse corporelle. Là, par exemple, je ressemble à un barbapapa (ou à un culbuto, ou à une bouteille d'Orangina, au choix). Mais si on pouvait me prendre, mettons, deux kilos de gras dans chaque cuisse et me les injecter dans les seins, je serais nickel. Pulpeuse, mais nickel. De toute façon avec les torpilles que je me trimballerais, plus personne ne ferait attention au reste.
Donc, je me pose la question: comment se fait-il qu'on utilise des poches en silicone sujettes à explosion ou crevaison plutôt que ce moyen très naturel qui arrangerait sûrement beaucoup de mes consoeurs? (Ce qu'on appelle faire d'une pierre deux coups.) Junior, ma copine infirmière, m'a promis de se renseigner...
Armalite |
| 2004-11-18 13:23:08
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I'm a Barbie girl, in a Barbie world, Je retourne dans le passé
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Mercredi 17 novembre 2004
Premières fois, suite
Premier voyage en avion: Marseille-Manchester et retour, l'été 84. Quinze jours chez ma correspondante anglaise. Je m'en souviens: elle s'appelait Joanne, elle avait un physique typiquement british (rousse à peau laiteuse couverte de taches de son, binoclarde et un poil grassouillette), un petit frère adopté du nom de Sean et une passion pour Andy Ridgeley (l'autre Wham!). Avec elle, j'ai fait du roller (quad, à l'époque) pour la première fois, découvert les slushies et les chips au vinaigre. Elle devait venir en France l'été suivant mais ça ne s'est jamais fait.
Premier voyage à l'étranger: trois jours à Venise en voyage organisé par mon collège, en février 82. A l'époque j'étais encore le souffre-douleur de tous mes camarades, donc j'ai trouvé ça moyennement fun. J'ai réussi à me perdre dans les rues derrière la place Saint-Marc et à me faire emmener au commissariat par un gentil couple qui parlait français. Et j'ai claqué presque tout mon argent de poche en petits animaux en verre soufflé de Murano, dont seulement deux ont survécu intacts au retour en train.
Premier soutien-gorge: je m'en souviens très bien, il était en coton blanc avec des points rose vif, sans armatures. Ma mère insistait depuis plusieurs mois pour m'emmener en acheter un, mais j'ai toujours détesté parler de ces trucs-là avec elle. Le jour où j'ai fini par céder, bonjour la discrétion. Elle a commenté mon anatomie avec la vendeuse, et j'étais total mortifiée. Les soutifs numéro deux et trois étaient du même modèle, achetés dans le même magasin (on ne change pas une équipe qui gagne): voile syntéhtique qui grattait, avec des petits points en relief. Un noir et un turquoise, transparents tous les deux. Je ressemblais à la fille spirituelle de Sylvia Kristel avec ça.
Premières règles: un matin de janvier 84 avant de partir au collège (l'humiliation du jean moulant, ou pire, du pantalon clair imbibé m'a curieusement été épargnée). J'étais toute fière. J'ai vite déchanté.
Premiers talons hauts: une paire de chaussures très fifties, escarpins vernis noirs ouverts au bout (les Anglais appellent ça des peep-toes) avec un liseré blanc et un noeud sur le dessus. Je les portais avec un jean rose pâle une taille trop petit pour moi (un jour je me suis accroupie dans les vestiaires en sortant de la gym et toutes les coutures intérieures ont craqué... je vous laisse imaginer ma démarche quand je suis rentrée chez moi; heureusement j'avais juste la rue à traversre ou presque) et un T-shirt avec un dessin de la Schtroumpfette en roller + casque de walkman sur les oreilles et la légende immortelle: "Ca schtroumpfe terrible!". Je devais avoir douze ans et à ce jour, je n'ai toujours pas compris que mes parents plutôt stricts par ailleurs acceptent de m'acheter ce genre de pompes.
Premier rouge à lèvres: un rose nacré que toutes les filles portaient à l'époque. Ou peut-être un fuchsia bien pétant que je portais avec de l'ombre à paupières bleu vif et rose. La grande classe, on aurait dit que j'avais deux cocards. A côté de moi en classe de troisième, Christina Aguilera est sobre et de bon goût. Même remarque que précédemment à propos de mes parents: comment ont-ils pu me laisser sortir comme ça? Ils devaient se dire qu'il faut bien que jeunesse se fasse...
Premier 45 tours: j'avais dû en acheter trois à la fois: "Chacun fait c'qui lui plaît" de Chagrin d'Amour, "Chante" des Forbans et "Africa" de Rose Laurens. C'était pile l'époque des premières boums.
Premier CD: "Kick" d'INXS. Les boules quand j'ai réalisé qu'il allait falloir racheter tous mes vinyles...
Première voiture: une 205 junior blanche 5 portes qui m'a suivie jusqu'à Nantes et que j'ai revendue quand je me suis mariée, parce que le Breton avait une Clio et que vu nos moyens, deux bagnoles, c'était abusé. Depuis je n'en ai pas racheté. Pendant longtemps j'ai pu m'en passer, car habitant en centre-voille et bossant à la maison. Maintenant que l'Homme m'a attirée dans sa cambrousse, bah je lui pique la sienne.
Première bande de copains: c'était plutôt une bande de copines, celle de mon école de modern jazz en 84-85. On était six. Audrey, quinze ans, petite blonde de moins d'un mètre cinquante à yeux bleus et gros seins, championne de rock acrobatique. Moi, treize ans, cheveux très courts et grande mèche dans les yeux (pas de commentaire SVP). Magali, douze ans, insupportable bonne élève et chouchou du prof; tout le monde avait envie de lui claquer le beignet. Par contre j'adorais sa mère et je rêvais qu'elle m'adopte. Fleur, douze ans aussi, qui est devenue ingénieur chimiste, prof de salsa et poisson rouge en amour. Fabienne, douze ans, autre petite blonde qui avait de gros problèmes familiaux et qui a fini par plus ou moins mal tourner. Et Stéphanie, onze ans, danseuse classique hyper douée que ses parents encourageaient; ils lui avaient même mis une barre et un miroir en pied dans sa chambre alors que les miens me répétaient "les études d'abord". On était les petites reines de notre cours avancé; on claquait tous nos sous en guêtres rayées et en justaucorps fluo.
Première clope: à la fin de la troisième je pense. Une boum chez Murielle B. Stephan, le meilleur copain du type que je badais à l'époque, me propose une Marlboro, et histoire de faire "grande" je la prends. Et je la lui tends nonchalamment pendue entre deux doigts pour qu'il me l'allume, trouvant que la pose fait fatale. "Euh... Faut aspirer dessus pour que ça marche", qu'il me dit, pas trop dupe. Aaargh. Pourquoi la terre ne s'ouvre jamais sous vos pieds quand vous voulez vraiment disparaître?
Armalite |
| 2004-11-17 04:42:23
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Je retourne dans le passé
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Jeudi 11 novembre 2004
Premières fois
Premier boulot payé: de la figuration dans "Aïda", à l'époque où je faisais de la danse classique à l'opéra. Je devais avoir 13 ans. On m'a ramenée de la répétition générale le vendredi soir vers minuit, j'ai essayé de prendre un bain discrètement pour faire partir le cirage noir dont j'étais enduite de la tête aux pieds (j'étais censée être un négrillon). Ma mère qui a le sommeil léger vient jeter un coup d'oeil et manque faire une crise cardiaque en voyant une tête noire dépasser de sa baignoire. J'ai mis une bonne heure à me débarrasser du maquillage de scène, et il a fallu tout remettre le lendemain, puis le surlendemain pour les deux représentations. Ravie, j'étais. J'ai été payée 400 francs de l'époque, ce qui devait représenter quatre mois d'argent de poche pour moi.
Premier pseudonyme: le premier que j'ai utilisé régulièrement sur le minitel (car avant Internet, il y a eu les années minitel), c'était Shadowcat, bientôt abbrégé en Sahdow, du nom de mon héroïne de comics préférée.
Premier concert: Balavoine le 17 mars 1984. Mes parents ne voulaient pas que j'y aille; j'avais fait un concours dans le journal du coin pour gagner une place, et ils étaient tellement persuadés que ça ne marcherait pas qu'ils m'ont promis de me laisser y aller si je gagnais. J'ai eu de la chance sur ce coup-là, d'autant que Balavoine était mon idole à l'époque et que cette tournée-là a été sa dernière puisque moins de deux ans après il se tuait dans un accident d'hélico sur le Paris-Dakar. En plus j'étais dans la fosse au premier rang, le rêve.
Premier enterrement: j'ai longtemps refusé d'assister aux enterrements pour des raisons que j'ai déjà évoquées ici. J'avais été à la messe quand le père de mon copain Jean-Luc était décédé il y a... treize ou quatorze ans peut-être; mais mon premier corps et ma première mise en terre, c'était mon grand-père adoré il y a bientôt trois ans.
Premier animal domestique: je ne sais plus si c'était mes poissons Bulle et Pirate, frappés d'une mort précoce (j'avais bien dit qu'ils avaient des points blancs sur le dos et qu'ils devaient être malades, mais à l'époque, mes parents m'écoutaient encore moins que maintenant; deux jours après, les poissons flottaient sur le ventre et ont fini dans les toilettes) ou les deux bébés geais que mon père avait récupérés dans la campagne et que nous avions mis dans une grande cage sur le balcon. Un jour j'ai laissé la porte ouverte trop longtemps en leur donannt à manger, et le plus gros des deux s'est envolé du 17ème étage. Gros sanglots, etc. A 17 heures le même jour, mon père rentre du boulot; je lui ouvre la porte et le vois sur le seuil, tenant dans ses mains une boule de plumes... Apparemment le geai avait tenté de revenir et était entré dans le hall de l'immeuble, où il s'était perché sur un palmier en pot. Quand mon père est arrivé, le concierge était en train de lui agiter un balai sous le bec. Mon père demande ce qui se passe; le concierge, qui devait être un enfant de la ville, lui répond: "J'essaye de faire partir ce pigeon". Mon père regarde et s'exclame: "Putain mais c'est mon geai!" Rien que d'y repenser ça me fait rire.
Premier tatouage/piercing: techniquement ça doit être les oreilles, que je me suis fait percer vers vingt ans. Sinon, premier tatouage: une licorne sur l'omoplate gauche, que je me suis offerte pour mes 25 ans et qui est fameusement devenue un des déclencheurs de mon divorce.
Première cuite: jour de l'an 1987. J'étais en prépa; les mini-bourges de ma classe m'avaient invitée à une soirée dans la super baraque des parents de l'un d'eux. J'avais un gros chagrin d'amour (j'étais en pleine période Legolas), et pour me consoler, un copain m'a frappé trois gin tonic d'affilée. J'avais rien mangé, et jamais bu d'alcool de ma vie avant ça. Dix minutes après, je gerbais dans l'évier de la cuisine (les toilettes étaient occupées). Le gars chez qui on faisait la soirée ne m'a plus jamais adressé la parole. Et je n'ai plus jamais rebu de gin.
Première carte de crédit: je sais, c'est incroyable, mais je ne m'en rappelle pas. Mon premier chéquier, ça m'a marquée: je l'ai eu quand je suis partie étudier à Toulouse alors que j'étais encore mineure et très limitée dans ce que je pouvais faire légalement (je suis allée au bizutage de mon école, en Espagne, avec une autorisation parentale de sortie du territoire, la honte!). Mon premier chèque m'a servi à acheter une paire de santiags marron clair chez Bata, à 399 francs. La première carte de crédit... Sans doute quand j'ai commencé à bosser.
Premier baiser: PYB dans un couloir du lycée, un jour de décembre 1984. Il était temps, j'avais treize ans bien sonnés. On est sortis ensemble pendant deux semaines, sans enthousiasme délirant de part et d'autre. Je l'ai revu des années plus tard complètement par hasard; c'est lui qui m'a fait mon second tatouage.
Premier baiser qui a compté: Legolas, of course. Eté 1986, chez ses parents.
Premier amour: Legolas, toujours. On est sortis ensemble deux mois et je suis restée accro trois ans. Y'a pas entêtement borné, là?
Premier ennemi: le mot est un peu fort. Disons que la première personne que j'ai vraiment haïe répondait au surnom de Mother Fucker, et que je n'étais pas la seule à nourrir ce genre de sentiment à son égard.
Armalite |
| 2004-11-11 13:10:43
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Je retourne dans le passé
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Jeudi 19 août 2004
Carnet de citations
Je viens de retrouver un carnet de citations que j'ai tenu au printemps/été 1999, pendant les premiers frémissements de ma relation avec l'Homme. Certaines sont complètement dépassées aujourd'hui; d'autres continuent à résonner assez fort en moi.
"Mais au fond, dans ce tourbillon où l'âme, flottant dans le vide, est sans cesse ballottée d'un être à l'autre, il n'y a rien qu'on puisse retenir. Rien ni personne." (Banana Yoshimoto dans "Lézard")
"Peut-être que nous vivons de façon trop aiguë, nous qui absorbons des choses affectives tous les jours, et qu'en conséquence nous ne pouvons jamais nous sentir simplement satisfaits: il nous faut être soit malheureux, soit violemment, extatiquement heureux, et de tels états sont difficiles à obtenir au sein d'une relation stable, solide." (Nick Hornby dans "Haute fidélité")
"Je fais comme d'habitude: j'imagine par le menu toute notre liaison, du premier baiser au lit à la vie à deux (...), jusqu'au moment où je m'aperçois qu'il ne reste plus de place pour que quelque chose arrive. J'ai tout fait, tout vécu dans ma tête. J'ai regardé le film en accéléré; je connais l'intrigue, le dénouement, les morceaux de bravoure. Maintenant il faut que je rembobine et que je le regarde à la vitesse normale: quel intérêt?" (Nick Hornby, toujours)
Un paquet d'extraits de "Laisser frémir", de Cécile Vargaftig:
"...Cette fille incapable d'aimer qui que ce soit, trop occupée qu'elle est à vivre intensément le moindre émoi et moi et moi. Choisir des personnes impossibles est le meilleur moyen de faire durer les moments, car ils n'arrivent pas tous les jours."
"J'aime que pour lui aussi, l'amour soit non un port d'attache enfin rallié, mais plutôt une ville inconnue qu'on arpente sans jamais en trouver le bout ni le centre, et où aucune satisfaction d'aucun désir ne peut jamais rien assouvir."
"Un jour on fait ce qu'on vous a fait, et vieillir c'est ça."
"Il existe un monde clos à côté d'autres mondes clos; les cloisons sont étanches et rien n'étanche ma soif."
"Pourtant, maintenant que j'y pense, ce n'était pas grand-chose, mais la nuit rend l'espace intérieur et l'expérience extrême."
"...Je n'arrive jamais rien à construire. C'est ça qu'ils veulent dire, ceux qui disent que je ne fais pas mon âge."
Et enfin, de "Man or mango" par Lucy Ellman:
"As an adult, you become your own guardian. You berate yourself for past mistakes and promise to do better. You devote yourself to your future's self wants. You do its chores for it, tidy up so that your future self can find things later, avoid committing crimes which will lend your future self in prison, pay bills so your future self will be adequately provided with heat and lighting, food and shelter. You try not to smoke so your future self won't get cancer and try to avoid hangovers (...). So much effort on behalf of someone who does not yet, may never, and eventually won't, exist!"
Armalite |
| 2004-08-19 14:00:58
Permalien
Je retourne dans le passé
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